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Label Architecture Contemporaine Remarquable
Adresse renseignée dans la base Mérimée :
RD 795
35190 Tinténiac - France
Code Insee de la commune : 35337
Ille et Vilaine [35] - Rennes - Bretagne
Adresse approximative issue des coordonnées GPS (latitude et longitude) :
Avenue des Trente 35190 Tinténiac
Description :
Le pont belvédère sous‐tendu des 11 écluses est un ouvrage de 43,5 m de long pour 9 mètres de large sensiblement axé nord‐sud. Son franchissement est de 30 mètres. Les forces exercées sur la structure sont équilibrées par des haubans de sous‐tension. L’ouvrage offre deux circulations différenciées : une circulation routière (en aval) et une circulation piétonnière (en amont). La passerelle de circulation routière est en encorbellement sur les culées en béton banché laissé brut. Le tablier est également en béton. Les garde‐corps en acier peint sont étudiés pour protéger les usagers de la passerelle piétonne des projections de gravillons. A mi-distance du cheminement, la passerelle piétonne présente un belvédère offrant une vue sur les écluses. De part et d’autre du belvédère, la passerelle s’écarte du tablier en oblique et en pente douce pour venir trouver le chemin de halage. Le plancher des passerelles est en métal déployé en losange. L’ouvrage présente un système hydraulique complexe comprenant des fossés de drainage des remblais contigus, ainsi que des barbacanes d’évacuation des eaux pluviales, dont celles du tablier. Les barbacanes sont aménagées dans le soutènement de l’ouvrage et disposées dans le même rythme que les tirants de sous‐tension. Un caniveau de béton préfabriqué récupère l’eau des barbacanes en pied de culée sur toute sa largeur (8,83 m). Ce système s’intègre à un réseau plus vaste qui concerne le drainage du canal dans sa section en remblais, les bassins de dérivation et de décantation, les digues de protection des terrains inondables, etc… et participe ainsi à l’intégration de l’ouvrage dans le site. La prise en considération et le respect du site éclusier détermine la conception de cet ouvrage, conformément à la démarche habituelle de l’agence Lafon‐Faunières. La structure même de l’ouvrage participe à son intégration dans le site. La tension conférée par les haubans qui sous‐tend le pont s’inscrit dans sa dynamique visuelle. Par ailleurs, ce système constructif en fait une construction légère et ténue que s’insère en douceur dans le paysage et atténue l’effet « écran ». Le pont est une infrastructure discrète que la distance rend presque invisible. On peut en outre établir une analogie entre le pont et les écluses existantes. Les culées en béton et les semelles d’accroche des passerelles piétonnes font écho aux resserrements en soutènement de plateaux d’écluses. Par ailleurs, le volume des culées rappelle celui des maisons éclusières. La bonne intégration de l’ouvrage au site passe aussi par une attention particulière accordée à sa topographie. Celle‐ci est minutieusement étudiée et un travail important est mené sur les talus afin que le cheminement piéton permis par la passerelle rejoigne harmonieusement le chemin de halage. La passerelle et la rampe d’accès sont implantés plus haut du côté est, le chemin de halage étant d’une hauteur supérieure à celui de la rive gauche (digue de protection des terrains inondables situés au Nord‐Est). Le pont belvédère vient clore la perspective de cet « ascenseur de paysage » (selon les mots de Pierre Lafon et Marion Faunières) constitué par la succession d’écluses.
Historique :
Jusqu’aux années 1990, en Ille‐et‐Vilaine, la réalisation des ouvrages d’art était assurée par les ingénieurs de la Direction Départementale de l’Equipement (DDE). Les architectes n’étaient sollicités que pour la réalisation d’habillage d’infrastructures. En résultaient des constructions très uniformes. Dans les années 1990, les concours ouverts aux architectes associés à des ingénieurs sont de plus en plus courants, notamment pour des ouvrages exceptionnels. Ces deux catégories de professionnels, historiquement opposées, s’allient de plus en plus fréquemment, engendrant une nouvelle interaction des compétences. Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment consacre un article à ce phénomène en mai 1996. Ses auteurs, Elisabeth Allain Dupré et Guillaume Delacroix, estiment que cette évolution s’opère en réaction à « la banalisation du territoire et à la difficulté matérielle des bureaux d’études publics traditionnels à assumer la multiplicité d’ouvrages dont ils ont la charge ». Aussi les maîtres d’ouvrage font‐ils de plus en plus fréquemment appel à des concepteurs externes à leurs services, en particulier pour les ouvrages exceptionnels et sites sensibles. En Ille‐et‐Vilaine, cette évolution dans l’attitude des institutions, aidée par le processus de décentralisation initié dans les années 1980, est mise en œuvre par Patrick Faucheur, directeur de la Direction de l'Architecture et de l'Environnement (DAE) du conseil général d’Ille‐et‐Vilaine. Patrick Faucheur œuvre pour un rapprochement et une transversalité entre les services et pour l’intervention d’architectes dans la conception des ouvrages d’art. La réalisation du pont de Hédé va alors être l’œuvre d’un travail conjoint entre La Direction des Routes et des Infrastructures (DRI) la DAE et le Conseil en Architecture et en Urbanisme (CAU) d’Ille‐et‐Vilaine, créé à la fin des années 1980. Le dossier est suivi par Laurent Manneuheut, architecte responsable du CAU 35. L’interaction entre ces différents services entraîne une nouvelle approche de la conception de l’ouvrage prenant davantage en considération le paysage et l’environnement. Le pont du site des onze écluses est commandé en 1992 par la DRI. Il est envisagé dans le cadre de la déviation de la départementale en direction de Dol‐de‐Bretagne. Au départ, on imagine procéder selon la logique habituelle, c’est à dire en concevant un pont en béton à habiller. L’intervention du CAU et la particularité du site impose néanmoins l’intervention d’architectes. L’agence de Marion Faunières et Pierre Lafon est retenue pour l’étude architecturale de l’ouvrage qui débute en mars 1993. Le projet bénéficie des conseils de Louis Fruitet, un ingénieur indépendant expérimenté ayant notamment travaillé avec Jean Prouvé. Il fallut prendre en compte dans les calculs le fait que le pont se trouvait sur un itinéraire de convois militaires. L’idée de développer le caractère « belvédère » de l’ouvrage émerge dès le début de l’étude du projet. Le dossier de consultation des entreprises (DCE) est publié en novembre 1993. Lors de la conception de l’ouvrage, deux désaccords majeurs surgissent. Le premier concerne le choix des matériaux. Les architectes souhaitent réaliser un ouvrage métallique afin de réduire l’épaisseur du tablier. Or, la DRI préconise l’utilisation du béton, réputé moins coûteux et plus facile à entretenir. Par ailleurs, le département n’est pas équipé en logiciels capables de suivre la réalisation d’ouvrages métalliques. Les architectes ont dû démontrer que l’impact visuel d’un ouvrage en béton sur le paysage serait catastrophique et qu’une structure en métal, plus légère, aurait l’avantage de minimiser cet impact. On optera finalement pour un ouvrage mixte béton / acier. Le second différend concerne l’emplacement du pont. La DRI souhaite le placer en amont et au ras de la dernière écluse, légèrement en biais par rapport à l’axe parallèle à celle‐ci. Or, la Direction Régionale de l’environnement (DIREN) estime, avec le soutien des architectes et le CAU, qu’une telle implantation serait préjudiciable pour l’intégrité du site et qu’il serait préférable de placer le pont en aval de la dernière écluse, juste avant la courbe empruntée par le cours d’eau. Un second projet, quasiment identique au premier, est étudié à partir de 1995. On notera principalement une variante dans le traitement des culées adoptée pour des raisons économiques et pour permettre l’élargissement de la vue. Le DCE est publié en février 1996. L’ouvrage est livré à la fin de l’année 1998, 6 ans après l’initiation du projet.
Architecte ou maître d'oeuvre :
Faunières Marion (architecte), Lafon Pierre (architecte), Fruitet Louis (ingénieur)
Datation de l'édifice :
1998
Année d'obtention du label Architecture Contemporaine Remarquable :
2025