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Monument Historique
Adresse renseignée dans la base Mérimée :
22700 Perros-Guirec - France
Code Insee de la commune : 22168
Côtes d'Armor [22] - Saint Brieuc - Bretagne
Adresse approximative issue des coordonnées GPS (latitude et longitude) :
Ile aux Moines 22700 Perros-Guirec
Eléments protégés :
Les bâtiments et ouvrages défensifs de l'île aux Moines, à savoir : le fort comprenant redoute, enceinte, bâtiment annexe et bastion, en totalité ; l'ancienne caserne avec ses bâtiments et ouvrages annexes (ancienne chapelle, puits, latrines, mur de protection de la terrasse, cale à bateaux et son portail, sol de la cour, vestiges des murets des anciens jardins), en totalité ; la batterie de Cosmoguer incluant son corps de garde, en totalité ; les quatre autres batteries dont celle à l'état de vestige au nord-ouest, et les deux épis, en totalité ; les deux lignes de retranchements avec leurs acheminements, en totalité. Cet ensemble figure au cadastre, section D parcelles n° 2850, 2851, 2852 et 2854, suivant plan annexé à l'arrêté : inscription par arrêté du 26 août 2024
Description :
Implanté dans l’archipel des Sept-Îles à cinq kilomètres au large de Perros-Guirec, le fort des Sept-Îles est constitué de plusieurs fortifications sur l’Île aux Moines et sur l’Île Bono.L’Île aux Moines abrite une fontaine, un fort composé d’une redoute, mais aussi une caserne, un mur de soutènement faisant enceinte, des retranchements pour éviter un débarquement ennemi, plusieurs batteries d’artillerie afin de défendre les mouillages et des chemins de communication.La caserne défensive - percée de créneaux de fusillade - est implantée au nord de l’île : un mur d’enceinte donne accès via une porte à une cale et à la grève.A l’est de l’île se trouve la batterie d’artillerie de Cosmoguer et son corps de garde avec magasin à poudre. Son implantation permet un tir rasant vers le mouillage situé à l’est. Sur son terre-plein, l’emplanture du mât de pavillon est encore visible.Implantée à l’extrémité ouest de l’île, sur la hauteur, la redoute est protégée par une enceinte dotée de deux demi-bastions et d’un ouvrage avancé. La redoute qui sert également au logement des soldats - sur ""bat-flancs"" (lits collectifs) - et de magasin constitue l’ultime réduit en cas d’attaque terrestre. Voûtée à l’épreuve d’un bombardement naval, la redoute est dotée d’une plate-forme défensive.En contrebas de la redoute se trouvent deux batteries d’artillerie de côte respectivement orientées vers l’ouest et le nord-ouest. Ces deux batteries sont reliées par un chemin à la caserne. Un canon de 18 livres de balle sur affût de marine a été repositionné en 2006 derrière le parapet de la batterie ouest, à l’origine armée de quatre pièces d’artillerie de 16 livres de balle. La batterie située au nord est ruiniforme, victime de l’érosion marine.A l'est et sud de l’île aux Moines sont également implantées trois batteries d’artillerie.La batterie située au sud-ouest a été modernisée et dotée de deux soutes à munitions en maçonnerie et dalle légère en béton armé.Sur l’Île Bono sont implantés un corps de garde avec magasin à poudre, une guérite d’observation et une batterie d’artillerie pour défendre le mouillage du côté de l’Île Malban.
Historique :
L'île servait de poste avancé aux habitants de Jersey et de Guernesey pour lancer des raids sur le continent. En 1720, fut décidée la construction d'un fort dont la conception fut confiée à Siméon Garengeau, ingénieur en chef des fortifications de Saint-Malo et élève de Vauban. Le fort se compose d'une redoute pentagonale, d'une grande batterie et d'une petite batterie à l'ouest, ainsi que de casernements de deux étages. Un mur d'enceinte entouré autrefois d'un fossé, assurait une première défense vers l'est. Un pont-levis commandait l'accès au bâtiment. La garnison fut maintenue après la chute de l'Empire, avant d'être supprimée en 1873. En août 1944, les Allemands supprimèrent les planchers et toutes les pièces en bois.
Le fort des Sept-Îles ou plutôt de l’Île aux Moines, face à Perros-Guirec, est construit de 1740 à 1746 dans un contexte de reprise des hostilités navales franco-anglaises précédant la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748). Son plan directeur a été conçu dès 1718 par l’ingénieur Siméon Garengeau (1647-1741), directeur des fortifications de Haute Bretagne.Afin de lutter contre les corsaires de Jersey et de Guernesey, l’Île aux Moines est érigée en ""île-fort"" afin de surveiller et protéger une vaste zone de mouillage où les navires ""amis"" font relâche. L’île comporte ainsi plusieurs niveaux de feu pour l’artillerie et des ouvrages d’infanterie permettant une défense rapprochée en cas d’attaque terrestre.La garnison du fort au XVIIIe siècleLa garnison du fort des Sept-Îles est composée d’une compagnie détachée de fusiliers de l’Hôtel royal des Invalides. Dès novembre 1740, est envoyé de Saint-Malo un détachement de vingt-sept soldats invalides commandé par de la Villeaufeu, lieutenant, pour prendre possession de la redoute et de la grande batterie de Cosmoguer dont les travaux commencés neuf mois plus tôt, viennent de s’achever. Sur place, les travaux sont dirigés par l’ingénieur ordinaire de Costes, seigneur d’Eyrignac.L’entrepreneur en charge des travaux, originaire de Lannion, se nomme Robert Verron ; il travaille sous la direction de l’ingénieur Siméon Garengeau puis, à partir de 1741, de Jean-Baptiste-Joseph Parrocel, qui supervise de Saint-Malo la construction de la caserne défensive. Un dénommé Prigent, de Lannion, sert de fournisseur à la garnison pour le mobilier et les ustensiles. Le gardien nommé Pierre Tassel (1680-1751), en tant que patron de la chaloupe, s’occupe également de l’intendance du fort, c’est ""l’homme à tout faire"".La même année, la garnison d’invalides écrit à l’intendant de Bretagne : ""Monseigneur, il y a six mois que nous sommes tirés de la garnison de Saint-Malo, nous nous trouvons dans une île déserte et privés de tout secours, le pain nous manque, et confesseur et chirurgien, nous y vivons en hérétiques. La moindre maladie peut nous enlever, cette île éloignée de 4 lieues de terre n’est approchable que dans la belle saison… Nous sommes tous chargés d’années, et le petit nombre que nous sommes n’est pas suffisant pour servir la garnison sans abréger le peu de jours que notre vieillesse nous accorde encore"" (cité par Jean-Pierre Bois, 1984).La garnison est remplacée en octobre 1741 par une nouvelle composée de trente soldats invalides commandée par le lieutenant François Huard. En 1745, la garnison est augmentée de douze matelots et d’un canonnier ; on compte trente-six soldats invalides, le gardien, sa femme et ses enfants. Il y a huit feux sur l’île : un chez le lieutenant commandant le fort, trois dans les chambrées des soldats, un dans le corps de garde, un chez le gardien, un pour le blanchissage de la garnison et le dernier chez les matelots.Le lieutenant de La Villeaufeu est devenu alcoolique : ""Le commandant, au lieu d’en imposer à ses soldats, semble les autoriser par son exemple, étant toujours pris de vin…"" ; il meurt le 15 juillet 1750. Tassel, le gardien, décède au début de l’année 1751.La 98e compagnie détachée d’invalides, commandée par le capitaine Jean-Baptiste du Bouché (1691-1762), est en garnison à Lannion et au fort des Sept-Îles du 21 septembre 1750 au 24 avril 1754 ; elle était détachée auparavant à la citadelle d’Arras.La garnison du fort des Sept-Îles est désormais relevée tous les trois mois. Le dénommé Cyrile Hérault est désigné comme aumônier tandis que Tristan de Coursimaux est nommé gardien. L’alcoolisme et les querelles continuent cependant de faire des ravages au sein de la garnison.À partir de 1751, le dénommé Pidancet passe des marchés d’approvisionnement avec la garnison alors que le nouvel ingénieur, le chevalier Mazin (directeur en 1739 des Plans en reliefs des places du roi aux Galeries du Louvre à Paris), propose de confier aux invalides des jardins et troupeaux de vaches et moutons sur les îles Plate et Bono toutes proches.En 1754, la 98e compagnie est remplacée par la 74e commandée par le capitaine de Glanges puis Assire. Le gardien est chassé en 1757 et remplacé par un dénommé Boduel (jusqu’en 1759) ; René (1712-1783) puis François Tassel (1720-1799), fils du premier gardien, sont tour à tour devenus patrons de la chaloupe du fort.La guerre de Sept Ans (1756-1763), conflit majeur du XVIIIe siècle, entraîne bientôt tout l’effectif de la compagnie détachée au fort des Sept-Îles, soit 72 hommes, 4 lieutenants et le capitaine Assire. Dix canonniers et une cinquantaine de soldats de troupes réglées renforcent la garnison à la belle saison de juin à octobre.En 1760, le fort est réellement prêt à recevoir une attaque : ""14 pièces de canon de calibre 16 [livres de balle], et 6 pièces de calibre 5 [livres de balle], c’est-à-dire une vingtaine de bouches à feu, auxquelles s’ajoutent 20 fusils de remparts ; les munitions ne manquent pas non plus, 744 boulets de 16 et 170 boulets de 5, 9 barils de 200 livres de poudre et 1 542 livres en gargousses, 1 500 cartouches d’infanterie, 90 livres de plomb de balles et 139 livres de mèches. Enfin, tout est là : affûts de place et anspects, écouvillons et refouloirs, tire-bourres, coins de mire, boutefeu et cornes d’amorce. En somme, un armement de guerre, dont l’entretien est assuré jusqu’en 1764. Il est vrai que l’on pouvait effectivement craindre des attaques anglaises"" (cité par Jean-Pierre Bois, 1984). XIXe et XXe sièclesDes modifications sont réalisées dans la première moitié du XIXe siècle notamment pour renforcer le dispositif d'entrée de la redoute.Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Île aux Moines est occupée par un petit détachement chargé de la surveillance maritime et aérienne (un câble téléphonique sous-marin relie l'île à Ploumanac'h). En raison de son intérêt stratégique pour la navigation, le phare des Sept-Îles est détruit en août 1944.
Périodes de construction :
1er quart XVIIIe siècle
Architecte ou maître d'oeuvre :
Garengeau Siméon (ingénieur)
Propriété de l'État